23.07.10 | 17h20  •  Mis à jour le 23.07.10 | 17h47

Le Venezuela est devenu le sanctuaire des guérillas colombiennes. Voilà le problème de fond derrière la crise diplomatique entre Caracas et Bogota. Aussi bien les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, extrême gauche) que l'Armée de libération nationale (ELN, castriste) utilisent le territoire vénézuélien pour protéger leurs dirigeants, soigner leurs blessés, planquer leurs réserves, voire entraîner leurs combattants.

Toutes les frontières de la Colombie sont poreuses et difficiles à contrôler. Mais ses voisins montrent plus ou moins de fermeté pour éviter les infiltrations. Le Brésil dispose de satellites pour surveiller l'Amazonie et transmet ses informations à Bogota. Le ministre de la défense brésilien, Nelson Jobim, a déclaré que les guérilleros colombiens seraient reçus à la frontière "par des balles". L'Equateur a fait le ménage dans les zones frontalières après avoir subi, en 2008, l'attaque d'un camp des FARC situé du côté équatorien. Le numéro deux de la guérilla, Raul Reyes, avait été tué à cette occasion et ses fichiers informatiques ont alimenté les dénonciations de Bogota.

UNE VISION MESSIANIQUE

Au Venezuela, en revanche, les guérillas bénéficient toujours de complaisances et même de complicités. Les contacts au plus haut niveau entre Caracas et les FARC avaient d'ailleurs servi lors d'une médiation du président Hugo Chavez sur l'affaire des otages de la guérilla. En 2008, lors de la mort naturelle du fondateur des FARC, Manuel Marulanda, dit "Tirofijo", M. Chavez n'avait pas hésité à lui rendre hommage. Un monument en l'honneur du chef des FARC a été érigé à Caracas.

La justification idéologique des complaisances et complicités à l'égard des guérillas colombiennes est la "révolution bolivarienne" prônée par M. Chavez. Au-delà du Venezuela, ce lieutenant-colonel parachutiste est habité par une vision messianique, qui considère inévitable une intervention militaire des Etats-Unis et l'éclosion d'une guerre "asymétrique" en Amérique du Sud. Dans cette perspective, les guérillas colombiennes deviendront à terme des alliés stratégiques d'une "révolution" à l'échelle continentale.