LE MONDE | 26.06.09 | 16h14  •  Mis à jour le 26.06.09 | 16h14
BUENOS AIRES CORRESPONDANTE

heveux blonds, stricts tailleurs chers à la légendaire Evita Peron, l'actrice argentine Nacha Guevara parcourt les faubourgs de Buenos Aires tentant de faire revivre le mythe de "la pasionaria des pauvres". La campagne en vue des élections législatives du dimanche 28 juin - pour le renouvellement de la moitié de la Chambre des députés et du tiers du Sénat - s'annonce serrée et offre des candidats inattendus.

A commencer par le mari de la présidente Cristina Kirchner, l'ancien président Nestor Kirchner, chef du parti péroniste, qui est tête de liste des candidats à la députation du Front pour la victoire dans la province de Buenos Aires. Ce district est décisif, car il regroupe près de 40 % des électeurs.

Le couple présidentiel a présenté ce scrutin comme un plébiscite de sa gestion. "C'est nous ou le chaos", a lancé M. Kirchner, brandissant le fantasme d'un retour à la crise économique de 2001. "Ou c'est nous qui gagnons ou personne ne s'occupera plus des pauvres", a renchéri la présidente.

Les Kirchner ont fait appel à la popularité de la comédienne Nacha Guevara, qui figure en troisième position sur la liste du parti péroniste, derrière le puissant gouverneur de la province de Buenos Aires, Daniel Scioli. Agée de 68 ans, mais paraissant vingt ans de moins grâce à la chirurgie esthétique, elle a interprété pendant un an et demi Eva Peron, l'icône du péronisme, dans une comédie musicale qui a connu un immense succès dans la capitale.

L'image de l'actrice peut-elle se confondre avec celle d'Evita ? Les nombreux adeptes de la psychanalyse en Argentine évoquent avec humour une "opération transfert". Nacha Guevara, qui a vécu en exil en Espagne pendant la dictature militaire, avoue n'avoir jamais été péroniste. Elle se définit comme une "rebelle", conquise par le couple présidentiel.

Tout semble se jouer à l'intérieur du péronisme. Le principal adversaire de M. Kirchner est un péroniste dissident, Francisco de Narvaez. Milliardaire né en Colombie et naturalisé argentin, il porte au cou le tatouage d'un serpent, correspondant à son signe dans l'horoscope chinois. Il pourrait être convoqué par la justice pour des liens éventuels avec un trafiquant de drogue.

M. de Narvaez affirme être victime "d'une guerre sale" face à l'incertitude des résultats dans la province de Buenos Aires, fief des péronistes, où les sondages le donnent au coude à coude avec M. Kirchner. Son cheval de bataille est la lutte contre l'insécurité, la principale préoccupation des Argentins, selon les enquêtes. Pour parvenir à ses fins, il a formé une alliance hétéroclite avec Felipe Sola, ex-gouverneur péroniste de la province de Buenos Aires, opposé aux Kirchner, et Mauricio Macri, le maire de droite de la capitale.

Le pouvoir des Kirchner, qui disposent actuellement de la majorité au Congrès, est menacé dans la capitale, traditionnellement antipéroniste, mais également dans plusieurs provinces, où la popularité de Cristina Kirchner a été entamée par le long conflit avec le monde rural, en 2008.

La principale force d'opposition est représentée par une alliance de centre-gauche - Accord civique et social - entre Elisa Carrio, rivale malheureuse de Mme Kirchner à la présidentielle de 2007, et le vieux Parti radical.

Dans la province agricole de Santa Fe, l'ancien coureur de Formule 1 Carlos Reutemann, péroniste critique des Kirchner, est mieux placé que le candidat officiel. Santa Fe est la seule province gouvernée par un socialiste, Hermes Binner.

A gauche, les politologues parlent du "phénomène Pino" et prédisent une bonne élection au cinéaste Fernando "Pino" Solanas, candidat à la députation dans la capitale. Il apparaît, dans les sondages, derrière l'opposition de droite mais devant le candidat officiel, le banquier Carlos Heller.

"Pino" séduit les jeunes de la classe moyenne, fatigués des politiciens traditionnels. Caméra au poing, le cinéaste fait une campagne inhabituelle, filmant dans les bidonvilles, les hôpitaux et les écoles délabrés, pour témoigner de la dette sociale du maire de Buenos Aires. Péroniste, il attaque également les Kirchner, les accusant de brader les richesses naturelles du pays à des multinationales - les mines et le pétrole en particulier.

Une des caractéristiques du scrutin est le nombre important de candidatures fantaisistes : gouverneurs, députés et maires déjà en fonctions, qui devraient renoncer à leur mandat, une fois élus. Cette stratégie des Kirchner a été dénoncée par l'opposition et des avocats constitutionnalistes.

Le principal exemple est celui de M. Scioli : s'il est élu député, il est peu probable qu'il renonce à sa charge de gouverneur. Les Argentins semblent déroutés face à une campagne électorale sans grand débat.


Christine Legrand

Un scrutin partiel sur fond de récession

Vote. Vingt-huit millions d'électeurs (sur 40 millions d'Argentins) doivent renouveler la moitié de la Chambre des députés (257 sièges) et un tiers du Sénat (72 sièges).

Majorité sortante. La présidente péroniste, Cristina Kirchner, élue en 2007, et son mari, Nestor Kirchner, chef de l'Etat de 2003 à 2007, ont disposé jusqu'à présent d'une majorité absolue, sous l'étiquette du Front pour la victoire.

Crise. Après sept ans de croissance, l'économie argentine est entrée en récession. Selon les chiffres de l'Institut national de statistiques et recensement, le taux d'inflation est de 7 %, au lieu des 21 % enregistrés par des sources indépendantes.

Pauvreté. Entre 12 et 14 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon l'opposition et des études indépendantes. Le gouvernement parle de 6 millions de pauvres.


 
Article paru dans l'édition du 27.06.09