LEMONDE.FR | 28.02.10 | 11h25  •  Mis à jour le 28.02.10 | 11h25
Santiago, Chili, envoyée spécial


amedi, 4 heures, le lit se met à bouger. Assez doucement au départ, comme si un métro passait sous l'immeuble. En quelques secondes, le rythme s'accélère. Toute ma chambre vibre fortement. C'est un tremblement de terre. Les secousses ne durent que deux minutes, peut-être trois. Aucun objet n'est tombé. Les murs sont toujours debout.

 

L'électricité est coupée. Les gens sortent de leurs appartements, courent dans les escaliers, certains crient. Nous nous retrouvons dans la rue, hébétés. Des enfants et des vieillards en pyjama, apeurés, des fêtards qui sortent des bars, plus calmes. Bientôt la rumeur circule : le séisme serait de 8 ou 9 sur l'échelle de Richter. " C'est plus fort qu'en Haïti ! " s'exclame un habitant. Difficile à imaginer… Je croyais qu'à 8, c'était la mort assurée.

Rapidement, c'est la cacophonie : sirènes d'ambulances, hélicoptères, alarmes qui se déclenchent à tour de rôle et chiens qui hurlent. Les communications téléphoniques sont impossibles, alors que les gens s'efforcent de prendre des nouvelles de leurs proches. Les autorités appellent au calme et recommandent aux Santiaguinos de regagner leurs foyers "sauf nécessité urgente". Mais les répliques – une vingtaine au total –, d'une magnitude égale ou supérieure à 5, en dissuadent beaucoup de rentrer chez eux.

Au petit matin, je décide d'aller faire un tour dans Santiago pour voir l'étendue des dégâts. Angel, mon chauffeur de taxi, m'amène directement sur la route de l'aéroport. Il est fermé. Tous les vols sont annulés pour au moins 24 heures. Plus tard, j'apprendrai qu'une partie du toit s'est effondrée. Des bretelles d'autoroutes urbaines se sont affaissées. Mais le plus impressionnant, c'est ce pont qui le relie au centre ville.

Les autorités parlent de huit morts pour la capitale de six millions d'habitants. Selon les pompiers, Santiago a prouvé l'efficacité de ses constructions anti-sismiques. Sauf que, dans le quartier résidentiel de Maipu, un groupe de villas très récentes a été dévasté. Je poursuis mon périple en voiture dans les quartiers Brazil et Bellavista. C'est là où magasins et maisons ont subi le plus de dommages.

Je croise un vitrier dont le pas de porte est jonché de bris de verre. Un restaurateur me raconte ensuite comment son frère a failli rester coincé dans son établissement. Plus loin, je rencontre Hector. Hier, c'était son anniversaire. Quel cadeau ! Il dormait avec toute sa famille quand la terre a tremblé.

La plupart des maisons qui se sont effondrées sont les plus précaires : elles sont construites en adobe, mélange de terre et de paille. Elles abritaient notamment beaucoup de réfugiés péruviens.

Je termine mon circuit par un petit tour en centre-ville. Des églises, comme celle de la Divine Providence, ont été gravement endommagées, de nombreux bâtiments lézardés, avec des bouts de corniche à terre. Le métro est fermé mais l'électricité est revenue dans certains quartiers. Les badauds ne semblent pas affolés. C'est un séisme de plus, même s'ils reconnaissent que celui-ci était beaucoup plus violent.
Et surtout, ils mesurent leur chance. La télévision chilienne retransmet les images de la région de Concepcion, du Maule, de l'Araucanie, à 300-400 km au sud-ouest de la capitale, épicentre du séisme. Des témoins rapportent des scènes "dantesques" de destruction dans des villages de la région. Le tremblement de terre y a fait plus de 200 morts.

 

Charlotte Patron