http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-02-26-Cuba-Colombie
février 2010

Selon que vous serez Cubain ou Colombien…
Par Maurice Lemoine

Il est parfaitement légitime que la presse internationale – écrite, radiodiffusée et télévisée – rende compte, commente voire condamne la mort dans un hôpital de La Havane, au terme de quatre-vingt-cinq jours de grève de la faim, de l’opposant cubain Orlando Zapata Tamaya, le 23 février. Il avait été condamné en 2003 à trois ans de détention pour « désordre public », puis, pour « conduite radicale » durant son incarcération, avait vu sa peine alourdie à vingt-cinq ans. Exemplaire dans son souci d’informer ses lecteurs, le quotidien espagnol El País a ainsi consacré trois pleines pages, le 25 février, à ce premier détenu politique cubain à mourir en prison depuis 1972.

Au Honduras, après le coup d’Etat qui a renversé le président Manuel Zelaya et les élections contestées qui ont porté au pouvoir, le 28 janvier, M. Porfirio Lobo, le ministre de la Sécurité Oscar Álvarez a déclaré publiquement qu’il est nécessaire d’éradiquer la résistance. Suivis de torture, les enlèvements de militants du Front national de résistance populaire (FNPR), de syndicalistes ou de dirigeants d’organisations sociales se multiplient. L’assassinat, le 15 février, à Olancho, de Julio Fúnez Benítez et de Vanesa Zepeda, a été suivi, le 24, de celui de Claudia Larissa Brizuela, à San Pedro Sula. Tous étaient des membres particulièrement actifs du FNPR. Faute de place dans leurs pages ou de temps dans leurs bulletins d’information, aucun média n’a malheureusement pu rendre compte de ces événements.

Quant à la Colombie, il ne s’y passe rien qui puisse retenir l’attention. En décembre 2009, à l’occasion de la visite d’une délégation de syndicalistes et d’eurodéputés britanniques alertés par les habitants, ce qui est sans doute la plus grande fosse commune de l’histoire contemporaine de l’Amérique latine a été découverte à La Macarena (Meta), à deux cents kilomètres de Bogotá. Juriste et secrétaire du Comité permanent pour la défense des droits de l’homme en Colombie, M. Jairo Ramírez, qui accompagnait la délégation britannique, a déclaré : « Ce que nous avons vu est effrayant  (…) Une quantité infinie de corps et, à la surface, des centaines de planches de bois de couleur blanche portant l’inscription « non identifié » et des dates allant de 2005 à aujourd’hui . » D’après les témoignages recueillis, entre mille cinq cents et deux mille personnes assassinées – paysans, syndicalistes, leaders communautaires, etc. – pourraient avoir été jetés-là par les paramilitaires et les forces d’élite de l’armée (Fuerza de Tarea Omega) déployées dans la région.

Même au nom de la défense de l’environnement – les cadavres contaminent l’eau consommée par les habitants de La Macarena ! – aucun média d’ampleur nationale n’a jugé bon de consacrer un entrefilet ou un bref commentaire à ce crime de masse dont aucune des victimes, il faut le dire à la décharge de nos organes pluralistes d’information, n’est un dissident cubain.



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